Rêveries de mi-décembre

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Rêveries de mi-décembre

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par Nicolas Romeas
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Rêverie 1 (Bref résumé)

Ils continueront aveuglément jusqu’à la fin, s’ils le peuvent, jusqu’à la désertification totale. Depuis de nombreux siècles, en Occident, de médiocres prédateurs au pouvoir exploitent, pour les transformer en profit, le travail et les inventions de ces femmes et ces hommes qui ne cherchent pas le pouvoir.

Mais ces gens de pouvoir n’ont jamais, jamais, rien construit de leur propre chef, rien. N’ont jamais rien inventé, rien. Et c’est bien normal. Ce sont des ignorants et cette ignorance en fait des impuissants. Alors ils détruisent ce qu’ils ne connaissent pas, ou essaient de le transformer en ce qu’ils comprennent. Ce qu’ils ne savent pas, surtout, c’est que la condition première de l’invention est de ne pas désirer le pouvoir. Dès qu’ils le voient passer, ils figent le rêve pour le désactiver, lui ôter sa puissance de vie. Ils en font un bien, un objet, un produit stérile, une sorte de chose morte qui ne peut plus les inquiéter.

Être humain © Olivier Perrot

Mais il est certain que tout ce qu’ils croient posséder ou dominer, et que souvent ils contrefont, tout cela vient du travail et de l’imagination inlassable et gratuite de ceux qui ne cherchent pas le pouvoir mais plutôt de la puissance d’être. Et le seul geste des prédateurs, mécanique et toujours le même, consiste à transformer en machine à profit cette gratuité qui est la mère de l’invention, et donc à la neutraliser, en effacer la possibilité. Sans cette gratuité aucune invention ne serait jamais possible, mais ils ne le savent pas, ils ne sont pas en mesure d’analyser le phénomène. Alors, afin d’accroître leur pouvoir, ils se trouvent très malins de détruire les conditions de cette gratuité et donc de l’invention. C’est la branche sur laquelle ils sont perchés qu’ils cassent, mais ils ne le voient pas. Ils ne savent pas.

Collage de rue © Olivier Perrot

Depuis de nombreux siècles de combats plus ou moins obscurs, ces ignorants transforment en argent et en pouvoir les inventions de celles et ceux qui ne veulent ni argent ni pouvoir, ces inventions qui sont l’expression de l’esprit humain, de sa liberté et de sa belle folie. Inconscients de ce processus, de cette réalité fondamentale de l’être humain, ils ne voient pas que sans cette liberté de l’esprit, cette puissance de l’imaginaire, ils n’auront bientôt plus rien à se mettre sous la dent. La matière-même dont s’alimente leur pouvoir disparaîtra. Ils sont aujourd’hui à leur apogée, ils se croient les maîtres du monde. Et ils continueront aveuglément jusqu’à la désertification s’ils le peuvent, jusqu’à la fin, qui sera aussi la leur.

Certaines cultures anciennes et fidèles à elles-mêmes continuent de porter ce savoir, chez elles la hiérarchie des valeurs n’a pas été inversée, le savoir y est toujours au-dessus du pouvoir. Alors, pour ne pas risquer de perdre cet aveuglement dont il sent qu’il est la condition de sa domination, l’Occident les détruit.


Rêverie 2 (Désert et vent mauvais)

Comme en 1995, secoué par la violence des financiers qui veulent absolument sa peau, le déchiquètent, le réduisent en lambeau, le pays s’arqueboute net pour bloquer le processus de destruction en cours.

Pour que la France ne subisse pas le sort ignoble que les banquiers ont fait subir à la Grèce. Et en rêvant peut-être que la résistance d’un pays si chargé de symboles puisse déclencher dans le monde une puissante dynamique.

C’est un rêve récurrent. Mais depuis cette époque, le travail de sape insidieux des monstres obscurs de la barbarie molle a fait beaucoup de dégâts ; l’individualisme et l’atomisation ont gagné énormément de terrain, encouragés par les pouvoirs. La transmission du meilleur a été partout entravée, de toutes les façons possibles. Les nouveaux venus doivent presque tout réinventer de rien. Les humains se sont refermés, réfugiés derrière leurs portables et leurs tablettes, épuisés d’être tant maltraités dès qu’ils manifestent un élan sincère et expriment des sentiments simples, las de devoir avoir peur de tout. Ils se parlent donc beaucoup moins, s’entraident moins spontanément, ils se méfient de tout, bloquent leurs élans. Dans le meilleur des cas ils deviennent des « spécialistes » d’un domaine qui les protège des dangers.

Photogramme © Olivier Perrot

C’est une victoire de la médiocrité, de la réduction de l’humain, partout elle a gagné du terrain, y compris chez les plus engagés... Beaucoup ont renoncé à l’utopie, ils ont appris, bien obligés, à se débrouiller seuls dans une existence saturée de déceptions. Nous avons besoin de nous débarrasser de la médiocrité en nous-mêmes. Nous avons besoin de refuser d’être diminués, d’oser agir sur nous-mêmes pour transformer ce monde en profondeur et ça se fera d’abord dans le secret de nos échanges et aussi au dehors, par l’abandon de ce repli cynique, le goût de la sincérité, avec le courage d’être, chacun, porteur d’une part de ce trésor transmis qu’il nous faut aujourd’hui faire vivre…

Nicolas Roméas



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2 commentaire(s)

dussidour sophie 13 janvier 2020

magnifique ce texte , des mots qui portent un espoir pour inventer, pour créer et sortir de cette asphyxie dans lequel on veut nous faire tomber

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Claire olivier 24 décembre 2019

Touchée en plein coeur par ce beau texte : une invitation à ne pas plier, à ne pas céder et donc à résister avec une "insatiable "envie d’imaginer autre chose. Claire.

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