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En hommage discret à notre cher et grand Pierre Debauche, passeur de flamme

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par Nicolas Romeas
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Pierre Debauche a été, de très près comme de loin, un solide compagnon de route de notre travail pour l’art et la culture dans la société, un repère et l’une de nos brûlantes inspirations. Un grand frère d’armes jusqu’à son dernier souffle pour tous ceux qui, jeunes ou non, savent que le théâtre est un lieu de partage essentiel. Et s’efforcent, en ces temps arides, de mettre en pratique ce savoir.

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Comédien, metteur en scène, auteur, patron d’étonnantes écoles, inventeur de lieux très importants et de manifestations magnifiques, amoureux fou de l’humanité, il était l’un des derniers hommes de théâtre de sa génération à porter contre vents et marées, sans compromission, par-dessus le gouffre entre deux moments à la charnière de l’Histoire - et entre les siècles -, la transmission des valeurs profondes d’un art voué à agir sur l’ensemble de la communauté humaine. Toujours très attentif à ceux qui y souffrent le plus.

Tout cela, ce passeur de flamme l’a fait dans l’évidence d’un combat, sans obtenir de l’institution culturelle une reconnaissance vraiment à la hauteur de ce qu’il a construit. Pierre agissait quoi qu’il arrive, avec ou sans moyens, parfois contre ou malgré l’institution, sans se soucier des modes, jamais par intérêt personnel, poussé par de plus profondes exigences, mû par le même souci de contagion qui animait Vilar, au-delà des classes, des cultures et des castes. Conscient du nomadisme intrinsèque au théâtre, à sa nécessité, il ne s’assoupissait jamais dans son fauteuil et laissait sans regret la place à d’autres une fois le chantier mis en route. Après avoir creusé les fondations et dressé la poutre maîtresse. Sans doute l’a-t-il assez payée, cette droiture.

Ce grand lutteur idéaliste venu de la Belgique wallonne rappelait aux français leurs valeurs essentielles, portées par les maîtres qui l’inspiraient, insistait sans relâche sur la rencontre des cultures, sur l’apport à la nôtre de celles issues de nations et de peuples méconnus, nos anciennes colonies surtout. Notre ami Philippe Fenwick, son ancien élève, qui travailla beaucoup avec lui et sillonna la France de villes en villages à sa suite puis avec le Théâtre de l’Étreinte, nous l’a annoncé : Pierre Debauche est mort la veille de ce 24 décembre 2017, à 22h, juste après la dernière représentation de l’année au Théâtre du Jour.

Écoutons sa voix et sa parole lors de ce bel entretien public réalisé en 2014 par notre ami Olivier Neveux, [1] dans le cadre du festival Théâtre en mai à Dijon.



Pour rappel :
Pierre Debauche, né le 5 février 1930 à Namur et mort le 23 décembre 2017 à Agen, est un homme de théâtre, comédien, metteur en scène, poète, chanteur et directeur de théâtre franco-belge. Pierre Debauche a enseigné au conservatoire de Paris avec Antoine Vitez. Pionnier de la décentralisation, il crée en 1963 le Théâtre Daniel Sorano de Vincennes, puis préfigure en 1965 ce qui deviendra le Théâtre des Amandiers de Nanterre qu’il dirige de 1971 à 1974. Il fonde sa compagnie en 1982, puis en 1984 prend la tête du Centre dramatique national du Limousin et crée à Limoges le Festival des théâtres francophones. Il s’associe avec Jean-Marie Grassin, chargé de mission aux Relations Internationales à l’université de Limoges, pour créer une cellule de réflexion sur les relations culturelles, artistiques, intellectuelles du Sud vers le Nord, sur les occasions d’apprentissage mutuel qu’offre l’usage d’une langue interculturelle. Ainsi est née, en parallèle avec le Festival, l’Université de la francophonie, proposant une série de colloques, tables rondes, stages, expositions, débats, etc. en diverses disciplines. De 1986 à 1989, il dirige le Grand Huit (Théâtre national de Bretagne), puis, en 1994, fonde le Théâtre du Jour à Agen, qui est aussi le siège du Théâtre-École d’Aquitaine.

Le voici à Nanterre en 1966 :


Sur le site du Théâtre du Jour




[1Professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre et Directeur du Département des Arts de la Scène, de l’Image et de l’Écran (Lyon 2)

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